Parfois, souvent même, le silence fait peur. Il serait un grand néant noir, qui fait remonter à la surface les boues de nos angoisses et souvenirs refoulés. Le silence serait le vide, le rien, l’absence.

Le silence serait le vide, le rien, l’absence.

Dans un lieu de retraite spirituelle dans les Cévennes, nous mangeons dans le silence. Étonnant, d-étonnant dans notre chère culture française qui considère le moment du repas comme un temps de réunion, de convivialité, bruyant sûrement, où fusent les anecdotes. Or ici, pas un mot. Au début c’est gênant, puis on y prend goût. À présent, il y a l’espace pour observer, écouter, considérer. Considérer ce qu’on mange, considérer le décor de la salle à manger, considérer l’autre autour de la table. On entend tout – la théière qui fuse ; on voit tout – le morceau de pain qui tombe. Et étrangement, alors qu’il ne s’agit que de visages inconnus, j’ai souvent l’impression d’être avec ma famille. Pas de “Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?” ; ni “Tu viens d’où ?” – on n’aura pas la réponse à ces questions conventionnelles, en tout cas pas pour l’instant. On apprend à se connaître sans parler. On se parle dans les yeux. Il n’y a pas d’attentes, pas le devoir de répondre, d’intervenir, de s’exclamer, de réagir, d’être “sociable”. Pas d’attente si ce n’est celle d’être ; juste d’être. Comme l’acceptation voire même l’amour même des “blancs”, des temps morts dans une conversation avec un ami, cela veut aussi dire “ta présence, ton existence me suffit“.

Ainsi, c’est ce qui bascule le silence effrayant en un silence d’Amour, un Amour silencieux. Comment entendre cet amour dans le vacarme, quand les voix se démultiplient ? En effet, le silence offre à Dieu l’espace d’investir le vide, la place pour s’installer en nous, notamment lors de la prière.

En effet, le silence offre à Dieu l’espace d’investir le vide, la place pour s’installer en nous, notamment lors de la prière.

“Et c’est quoi, au juste, prier. C’est faire silence. C’est éloigner de soi dans le silence.” S’éloigner de soi non pour quitter l’existence, non, mais s’éloigner de soi pour rejoindre Dieu… et pour le contempler.

Une définition de “contempler” est “Regarder longuement quelque-chose, avec beaucoup d’attention, en s’absorbant dans cette observation.” Une autre dit : “Considérer une situation, un état dans tous leurs aspects, dans toute leur étendue, en prendre pleinement conscience.”

La contemplation d’une telle immensité et complexité se retrouve dans celle de sa création, elle aussi si grande, complète, si… tout. Devant un paysage sublime, j’ai envie d’être partout à la fois, et j’ai peur que ma mémoire l’oublie aussitôt que mon regard se pose sur autre chose. Alors j’adopte la lenteur. Comment faire l’expérience de la complexité du tableau en passant devant furtivement ? On y raterait sans doute le relief, les nuances, la trace,… tous ces paramètres pensés et travaillés par la main du peintre. Il faut scruter, recomposer, contempler ; dans toute l’étendue, aussi grande soit-elle. Juste l’oeuvre, et moi. Juste Dieu, et moi. Se laisser saisir. Se laisser absorber. Silence…

Le silence pour Dieu, les autres, soi. Le silence pour observer. Le silence pour accueillir. Le silence pour contempler, pour comprendre, pour abandonner. Le silence pour laisser la place. Le silence de l’ouïe, des yeux, du faire. Épurer pour mieux voir. Épurer pour mieux entendre. Épurer pour mieux dire.

Comme un couloir, nous franchirons les vacarmes de nos vie : d’abord celui de l’environnement d’abord, puis celui créé par notre propre bouche, enfin celui de nos pensées. 

Par Eloïse Baslé

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