Sens…ible

Dernièrement, vous avez peut-être vu passer des articles ou podcasts sur ce qu’on appelle « l’hypersensibilité »… 

Dans notre société où il faut être fort, faire preuve d’audace, de zèle, foncer, être entrepreneur, et j’en passe… la performance ne laisse place à aucune marque de faiblesse. Mais pourquoi sommes-nous alors si inégaux face à la confiance, l’assurance, l’attachement aux choses ? Pourquoi certains vont animer une conférence avec un naturel sans nom quand d’autres bégaient, tremblent et ont l’impression qu’un immeuble de quinze étages s’écroule en eux ? Il semblerait que nous ne soyons pas égaux face à la « sensibilité ».

On vous l’a justement peut-être reproché : « Tu es trop sensible », accompagné d’un « Il faut que tu te détaches, tu sais. » Bon, c’est quoi cette hypersensibilité ? Ou pour ne trop pas m’engager dans ce terme presque médical : cette « sensibilité exacerbée » ? 

On appellera la personne hypersensible : Marguerite. (Personnage peut-être cliché à vos yeux, mais j’ai essayé de lui donner quelques attributs de l’hypersensibilité.)

— Chaos

Une amie l’appelle « la peau violette » : l’hypersensibilité, ce sentiment d’avoir la peau à vif. En fait non, ce sentiment de ne pas en avoir du tout et de tout recevoir sans filtre, sans intermédiaire, sans protection. Quand on effleure Marguerite, en fait on la bouscule. Dans sa tête, ça fourmille. Un sourire, un lapsus, un appel téléphonique imprévu, pour Marguerite tout est interprétable, tout est évènement… si bien que c’en est épuisant. De ce chaos intérieur, elle aura alors inévitablement besoin de calme, en se retirant du brouhaha de la vie pour épurer les informations, se recentrer, puiser ses forces. 

Tout ça paraît bien inconfortable… mais la qualité du défaut, c’est cette sublime transcendance dans le quotidien, que je sais être une grâce du Seigneur. Nier l’hypersensibilité, l’occulter, sans doute parce-qu’elle est dépréciée et sonne étrange et faux, serait passer à côté d’un immense cadeau.

— Transcendance

Quand le langage est trop pauvre, les sens sont là. Quand les mots, les discours, les théories ne sont pas assez parce-que l’objet est trop grand, trop complexe, trop tout, cela se passe dans le regard, dans… Les odeurs, les sons, les lumières, les atmosphères… Marguerite ressent son environnement puissance mille. L’odeur d’un théâtre, les couleurs d’un poisson exotique, le bruissement discret des arbres, tous les moindres détails sont captés et expérimentés avec leur pleine intensité dans le corps, dans l’âme. Son « tout » unifié ressent, vit tout en même temps, absorbe, se laisse imbiber, submerger, inonder. 

D’ailleurs, on dit aussi de Marguerite qu’elle est une éponge à émotions : lorsque que proche d’elle se manifeste la joie et l’enthousiasme, elle sera alors heureusement contaminée. Mais à l’inverse, de par sa forte empathie, lorsque quelqu’un sera de mauvais poil, frustré ou triste, elle peut facilement s’approprier ces sentiments. Un sourire la transcende, comme une indifférence lui transperce le coeur. 

Dans cette société de performance qui marginalise celui qui hésite, qui ne sait pas, qui est pudique… on est impatient avec Marguerite, ça va pas assez vite, c’est pas assez efficace. On attend – en tapant du pied et mâchant fort son chewing-gum – sa réponse. Les maladresses, les hésitations, les yeux humides, les joues rouges, les divagations… C’est tâtonnant, étrange, asymétrique, déstructuré… imparfait.

Pourtant, « imparfait » n’est-il pas un attribut de l’humain ? Et même n’est-il pas une jolie bizzarerie ? Tous ces petits pas à côté sont en fait – si vous vous approchez avec patience et sans apriori – des perles précieuses tant elles sont des symptômes de vouloir-dire-juste, de vouloir-dire-vrai, de l’attachement à la vie et l’accueil. 

« La foi est une sensibilité aux choses, aux êtres et au monde. » a affirmé Alexis Jenni.

Il se questionne : une fois qu’on ne peut accéder à Dieu et à la Révélation chrétienne par l’érudition, comment y accède-t-on ? Je crois complètement qu’on peut accéder à Dieu par les sens. Le souffle d’amour ne s’explique pas, il s’expérimente, se vit, se ressent. Le langage n’est pas fait pour dire Dieu, pour dire l’Amour. Cette incapacité à « dire » peut être frustrante mais aussi complètement jubilatoire : c’est parce-que c’est en mouvement, que ça ne peut pas être contenu, que ça déborde, que Sa présence se ressent physiquement, que les choeurs angéliques nous projettent vers le ciel, que les vitraux traversés par la lumière nous font entrer en contemplation… 

« Recherche la paix et poursuis-la… » livre de Jacques Philippe. 

Marguerite est sur le qui-vive, à l’affût du moindre détail en captant l’infinité de signaux dans son environnement, et ce tout en même temps. Son intelligence est une toile d’informations : ceci renvoie à cela qui renvoie à ceci puis à cet autre. En observant, analysant, décortiquant, Marguerite interprète facilement ce que l’autre dit, ne dit pas, regarde, ne regarde pas… et ce même de sa propre personne ! Elle se voit parler, marcher, se voit même penser, à en oublier de vivre l’instant, en sur-conscientisant sa propre personne : explosion cérébrale. Un des plus grands dangers est alors de perdre la paix. La relation avec soi, avec les autres, même avec Dieu peut vite devenir agitée et anxieuse, au lieu d’être simple, confiante et paisible. Si l’hypersensibilité permet de se déconnecter de la réalité terrestre et pragmatique pour aller plus facilement vers l’au delà est magie, miracle ; il faut aussi apprendre à être là, pleinement, sans penser à l’après, ou à l’avant « pourquoi ne m’a-t-il m’a dit bonjour ai-je dit une bêtise » ou être trop conscient de soi-même, s’auto-analyser et ne plus être là. Au contraire, accueillons, toujours, ce qui nous est donné sans se soucier du pourquoi, du comment, du « et si… ». 

En bref, être hypersensible n’est pas mince affaire, mais ce n’est pas une fatalité ; elle ne fige pas notre identité. Pour dealer avec, il faudrait je crois chérir la sensibilité qui élève, rejeter celle qui nous abaisse, nous torture, nous abat, et ne pas se complaire dans la mélancolie sombre. Au contraire, lutter contre ces pensées et émotions parasites pour retrouver la simplicité et l’apaisement de l’évangile.

Une prière que je fais souvent : « Seigneur, modèle mon hypersensibilité, canalise-la, modèle-la, fais-en ce qu’il te plaît. »

-Par Eloïse

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